Démarche artistique
Ma pratique artistique se situe au croisement de la photographie, de l’installation vidéo et du jeu corporel. Les figures devant lesquelles nous éprouvons l’étrange impression de reconnaître l’humain sans pour autant le voir distinctement me fascinent. Elles questionnent cette « forme » par laquelle nous apparaissons aux autres et à nous-mêmes dans notre coprésence physique. Ma démarche vise à attiser l’imagination du regardeur en sollicitant sa mémoire des formes humaines. Mon questionnement est celui-ci. À partir de quel moment considérons-nous une forme vague comme étant humaine et quand la jugeons-nous hors de notre identité commune? Quelle intime rêverie projetons-nous sur elle, particulièrement lorsqu’elle s’entremêle à d’autres formes du vivant? Enfin, qu’éveille-t-elle chez chacun de nous en termes de sensations et d’affects?
Pour ce faire, j’exploite l’ombre propre, cette ombre qui glisse sur le pourtour du corps en mouvement. Noyée dans l’évidence des formes familières, elle se révèle (et révèle le sujet) sous des aspects imprévisibles au contact de surfaces translucides. Les effleurements du corps à l’arrière de ces surfaces font surgir et se mouvoir des parcelles d’ombre effritées. Mon exploration consiste à « prélever » ces figures de l’ombre, à la manière d’une empreinte, grâce à la captation vidéo, puis au traitement numérique de certaines images fixes et à leur impression sur papier.
À l’heure des biotechnologies qui, en considérant leur potentiel d’altération du corps, bousculent le paradigme de la corporéité, les contours de l'humain semblent de plus en plus poreux. Notre époque est celle du corps dit augmenté. Réduire à l'essence d'un contact sa représentation affirme son humanité en rappelant son incontournable besoin de proximité. À travers ces formes humaines venues à l’orée du visible, je souhaite susciter l'enchantement du regardeur aussi bien que l'ébranlement de ses habitudes perceptuelles. Mon exploration offre une perspective originale où ce qui subit l’altération n’est pas le corps lui-même mais bien le regard que nous lui portons.