"Être vigneron"
Project info

« Je le regarde avec admiration, ce Pépé dont le corps usé par le temps et le labeur, souffre mais ne tremble pas. Je l'imagine jeune, beaucoup trop jeune quand il a commencé à travailler. Je la connais son histoire. Une histoire plutôt banale à l'époque, mais qui me force à le regarder avec respect. L'histoire d'un gamin qui perdit son père tout petit, à cause de la guerre et qui a dû travailler à plein temps dans les vignes, à 12 ans à peine, pour faire vivre sa famille.
Alors son mauvais caractère, sa sévérité et sa dureté, on lui pardonne et on accepte. Et puis dans tout ça, y'a les mots doux de Mémé qui l'apaisent. Le réconfort et la chaleur d'une mamie qui me rappellent tant la mienne.
Mémé, qui elle, a dû élever ses 4 enfants, s'occuper de la maison tout en travaillant dans les vignes. Cette rigidité et l'obsession du travail bien fait, ils les ont transmises à leurs enfants. Pascal, mon oncle par alliance, a repris le flambeau et a agrandi l'exploitation avec sa femme, Corinne, ma tante, que j'aime surnommer « Cocotte ». Un petit bout de femme qui a dû à son tour élever ses 3 enfants, Kevin, Alexis et Marjorie, s'occuper de la maison, de la gestion de l'entreprise tout en travaillant dans les vignes.
A leur tour, ils ont transmis leur savoir aux enfants, et l'aîné, Kevin, s'est lancé dans le métier de vigneron. Alexis travaille aussi dans la vigne et Marjorie a choisi la voie de la petite enfance.

Pendant la période intense des vendanges, toute la famille doit aider. Pépé vient donner un coup de main dans les vignes, tout comme le frère de Pascal, Alain, plâtrier-peintre de métier. Chaque année, on retrouve presque la même équipe, une sorte de grande famille.
Nourrir et prendre soin d'une troupe d'une trentaine de personnes pendant pratiquement quinze jours d'affilée est éreintant. Elles sont trois à faire face. Cocotte, Mémé et Marjorie nous préparent le petit-déjeuner à 7h du matin. Chocolat, confiture, boissons chaudes, charcuterie, fromage et soupes sont nécessaires pour tenir toute une matinée de vendanges. Elles enchaînent avec le déjeuner du midi : entrées goûteuses, plats en sauce et desserts qui te font regretter ta gourmandise au moment de retourner dans les vignes et de te baisser pour ramasser le raisin. Elles préparent aussi le dîner pour les quelques vendangeurs fêtards qui restent et qui ne se font pas prier pour un bon repas. Elles, mangeront plus tard.

Je suis fille et petite-fille de vigneron et une grande partie de ma famille exerce ce métier. Je vis dans cette ambiance depuis toujours. C'est un savoir-faire noble et très cher à mon cœur. Par ces photos, je voulais leur rendre hommage.
J'observe et participe à toutes ces scènes depuis que je suis née. Et même si elles ont l'air de se ressembler, elles sont toutes uniques et resteront pour moi des souvenirs merveilleusement ancrés dans ma mémoire.
Au-delà de mon expérience personnelle, je souhaitais également mettre en lumière la transmission des parents aux enfants. Un esprit de partage, de plaisir et de passion.

Je suis fière de ma mère, de mon père, de mes oncles, tantes et cousins qui ont choisi ce métier, cette vie. Une vie faite de douleurs physiques du corps tout entier, d'insécurité face au temps capricieux, de doutes, de peurs et d'angoisses de ne finalement pas maîtriser leur avenir mais aussi une vie faite de connaissances, de traditions, de savoir-faire et surtout de cette fierté immense que l'on ressent à chaque moment de vie, petit ou grand, lorsque que l'on se retrouve autour d'une bonne bouteille de vin.
C'est ça, être vigneron, une vie simple, ma vie, ma famille, ma fierté. »