Tous les jours, pour quelques courts instants ou quelques heures, les habitants des villes se retrouvent souvent comme piégés dans des espaces clos, immergés dans une lumière artificielle, cernés de couleurs criardes, embourbés dans un état d’immobilité molle. Cela peut arriver dans une station de métro, une salle d’attente, les allées d’un centre commercial, le salon d’un aéroport… S’ils sont physiquement présents, leur esprit et leurs pensées sont le plus souvent ailleurs.

Les portraits flous d’individus anonymes réalisés par le photographe russe Alexei Vassiliev capturent ce phénomène avec une surprenante force émotionnelle. Certains de ses sujets donnent l’impression de voltiger nerveusement dans un mirage flottant. D’autres semblent sereins dans un rayonnement transcendant. De ses photographies se dégage un sens du confinement physique et du questionnement spirituel.

Ces étrangers ne semblent pas d'être conscients du regard du appareil photographique. Ils sont plongés dans leurs états d'introspection-- pas distants, mais plutôt emprisonnés tranquillement, suspendus temporairement, restreints, existentiels, en attendant.

Ce qui vous frappe premièrement, dès que vous voyez les images, est leurs couleurs: parfois elles sont intenses et éclatantes, mais autrefois elles sont douces et monotones. La simplicité crue des espaces et le centralité des sujets estompés évoquent les peintures angoissées de Francis Bacon ou les scènes minimalistes et surréelles de Samuel Beckett. Au début ce qu'il semble d'être simple s'éveille comme complexe et chargée d'information qui a été barbouillé et presque détruit pendant que l'obturateur a été laissé ouvert. Il a y beaucoup de "trucs" dans les photographes qui semblent d'essayer d'échapper.

Vassiliev, qui a habité et travaillé à Paris depuis juste après perestroïka, a écrit sur ce corpus de travail:

…Pendant des jours et des jours je me suis installé au même endroit et j’ai fait des portraits d’inconnus. Je ne savais pas du tout où cela m’entraînerait, mais c’était irrésistible : il fallait que je sois là et que je fasse ces portraits.

Ce qui me fascinait  dans ce  lieu, dont il me plait de préserver le mystère, c’est qu’il était  immergé dans la lumière artificielle implacable qui abolissait toute notion de temps et interférait sur  l’espace et les couleurs.

Avant de réaliser cette série je pensais, à tort ou à raison, que le flou n’exprimait que  le furtif ou l’intangible. Mais peu à peu j’ai découvert un autre flou : un flou précis… Ce fut comme une révélation.
Mon travail a alors pris un cours tout à fait paradoxal : plus les personnages de ces portraits  étaient flous, plus ils  semblaient  sur le point de se diluer, de s’évanouir ou de disparaître et plus leur présence s’imposait.

Saisir   ces fausses disparitions qui sont en fait d’authentiques apparitions, tel est  l’axe principal autour duquel s’articule cette série Des-apparitions...

Vassiliev à travers ses photos nous montre un monde de beauté chatoyant où le plupart de nous essaient de l'ignorent. À cause du durée de l'exposition (tout fait avec le film), les détails spécifiques sont perdus, mais une essence émerge, comme une aura ou une apparition. Ceux-ci donc devient images universelles et emblématiques-- pas stagnant en temps, mais ils existent dans le passé, le présent et le futur au même temps.

— Jim Casper

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