HECHO EN BARRIO
Project info

Le quartier, on y est né, ou on a atterri là. C’est un territoire
vivant, on parle avec ses voisins, on prend le temps. La vie n’y
est pas toujours simple, mais on aime profiter du moment
présent et de la vie en général. Les enfants jouent dans la rue,
les jeunes se retrouvent sur la place. Il y a des petits commerces
un peu partout. La jeunesse est le plus souvent livrée
à elle-même et s’éduque dans la rue. Même si c’est souvent la
galère, on se soutient au quotidien entre voisins, amis, famille
ou membres d’une même bande.
Sur la place, la bande a grandi ensemble. Elle s’identifie avec un
nom, ainsi qu’avec un numéro. Ces jeunes aiment se retrouver
dans la rue, au pied d’une fresque représentant une icône religieuse
ou le nom de leur bande. Ils peuvent avoir des gestes
spécifiques de la main et des doigts, signes d’appartenance au
groupe. Les tatouages sont également très populaires. Ils sont
le récit de la vie de la personne, en perpétuelle écriture. Mais
les tatouages, tout comme l’apparence vestimentaire, sont sujets
à de nombreuses discriminations.
Avec la bande, on partage les meilleurs moments, mais aussi
les pires. La drogue, dans tous ses états, peut être un mode
d’expérimentation de la vie. Cannabis, crack, crystal meth,
cocaïne, extasy, colle, peinture, solvant pur ou parfumé à la
mangue, à la fraise... La bière se boit par bouteille d’un litre et
se partage à plusieurs. Mais il faut se méfier de la police qui
profite de sa posture pour extorquer de l’argent. Les agents
peuvent aussi s’avérer violents envers cette « vermine » qui
traîne dans les rues.
La drogue fait beaucoup de morts, dans tous le pays. Cette
économie internationale gigantesque et complètement souterraine
a des conséquences énormes sur la vie dans les quartiers.
La jeunesse est une proie facile, en première ligne de
mire. Un cartel peut proposer un poste bien rémunéré, mais
si le jeune accepte ou doit accepter, la fin s’avère, dans la majeure
partie des cas, tragique. De la chair à canon, juste pour
du fric, du pouvoir… Souvent peu visible, parfois ostentatoire,
le crime organisé est pourtant bien présent. Une grande partie
de la drogue destinée aux Etats-Unis transite par le Mexique.
Mais en local, nombreux sont les règlements de comptes pour
défendre ou conquérir son territoire. Et puis, entre bandes,
on peut aimer se provoquer et se chamailler. Parfois, les bagarres
dégénèrent. Quelqu’un peut perdre la vie à cause de
machettes, pétards, pistolets ou d’un coup mal placé.
Malgré un quotidien fragile, on tient bon. La Vierge de Guadalupe
est la mère protectrice. Il y a aussi celle de San Juan
de los Lagos, particulièrement miraculeuse. Beaucoup vont lui
rendre visite chaque année à pied dans l’Etat de Jalisco. San Judas
Tadeo, le saint patron des causes difficiles est présent dans
tous les quartiers. Il y a aussi la Santa Muerte, cette divinité
maline qui protège et décide d’ôter la vie.
Avec la bande, on aime bien le sport, pour s’entretenir et aussi
pour se changer les idées. Le foot est le plus populaire, la boxe
souvent pratiquée. La culture hip hop est aussi très en vogue.
Et on aime danser, particulièrement sur de la cumbia. Les
bandes se retrouvent les week-ends à des « bailes », des soirées
festives dansantes animées par un DJ. Celui-ci annonce
au micro avec un effet d’écho les noms des différentes bandes
et de leurs membres sur de la cumbia, une musique rythmée
d’accordéon et de percussions. Le résultat de cette composition
s’appelle le Wepa. Chaque année, les bandes invitent un
« sonidero » au quartier pour célébrer leur anniversaire.
La vie de bande, c’est aussi un moment de la vie. On peut
la commencer jeune, mais on prend ses distances avec l’âge,
quand la nécessité de travailler pour subvenir aux besoins de
sa famille et d’avoir une vie plus saine se fait ressentir. Cette
jeunesse, pour survivre, fait le plus souvent des petits boulots
informels dans la rue, dans le commerce ou de petits services.
L’économie informelle au Mexique se situe autour de
50% C’est délicat de trouver un travail légal quand on a des
tatouages et qu’on vient d’un milieu populaire. Mais il n’est
jamais impossible de s’en sortir.

Jean-Félix Fayolle travaille dans les quartiers mexicains depuis 2007 alors qu'il était étudiant en échange à San Luis Potosi. Il y organise plusieurs projets, comme des ateliers photos, expositions, échange franco-mexicain de jeunes de quartiers. Il souhaite pouvoir valoriser plus de 10 ans de travail de terrain dans ces quartiers avec l'édition d'un livre.