Mars 2020, Paris intra-muros, le confinement bat son plein.
Enfermée chez moi, cachée derrière les rideaux, je photographie mes voisins dans la cour. Dehors, les parcs sont fermés, et comme beaucoup, je ne peux admirer le printemps naissant. La nature me manque terriblement.
Je demande alors à ma meilleure amie, Isabelle, oui comme moi, de prendre des clichés du dehors. Nos confinements ne se ressemblent guère. Elle habite la campagne ardennaise belge et va chaque jour promener son chien dans les bois. Un dialogue photographique journalier s'installe entre nous. Chaque jour, je lui passe commande: Pourrais-tu m'envoyer des photos de ceci, des photos de cela ? Elle me déniche des arbres, des ombres, des feuilles mortes, des forêts, des brins d'herbe... Elle tente de deviner ce qui pourrait m'inspirer au mieux.
Je mixe mes propres photos avec les siennes. Je les fais passer « de l'autre côté du miroir », dans un monde onirique entre rêve et réalité, béton et nature, liberté et captivité. C'est un travail introspectif. J'utilise mon appareil photo comme un moyen de déformer, reformer, le monde pour qu'il s'approche au plus près de ce que je ressens. De la sorte, je me réapproprie la situation et je m'offre quelques bouffées d'air pur et de liberté sans bouger de chez moi.
March 2020, intramural Paris, containment in full swing.
Locked at home, hidden behind the curtains, I photograph my neighbors in the courtyard. Outside, the parks are closed, and like many, I cannot admire the budding spring. I miss nature terribly.
I then ask my best friend, Isabelle,yes like me, to take pictures from the outside. Our confinements hardly resemble each other. She lives in the Belgian Ardennes countryside and goes every day walking her dog in the woods. A daily photographic dialogue then takes place between us. Every day, I ask her: Could you send me pictures of this, pictures of that? She finds me trees, shadows, dead leaves, forests, blades of grass ... She tries to guess what could inspire me the most.
I mix my own pictures with hers. I make them pass on “the other side of the mirror” in a dreamlike world between dream and reality, concrete and nature, freedom and captivity. It is an introspective work. I use my camera as a way to distort, reform, the world so that it looks as close as possible to what I feel. In this way, I recover the situation and I offer myself a few breaths of fresh air and freedom without moving from home.