Rio, rivage intérieur // Rio, an inner shore (2013 - Work in progress)
Project info

Like many people I had the impression that I knew Rio de Janeiro before I had even lived there. Images and descriptions of it were so visual: the city and the beach; the dazzling light; all your senses are blown away. In fact, when I arrived, I thought to myself: ‘this is Paradise on Earth.’ Like these travellers that Cendrars made fun of when they discovered Guanabara Bay, the ocean gateway to the city.

Three years later and my fascination is as strong as ever for Rio, but now I look at it more from within. The power of illusion that it radiates entices me more than its beauty. What if the myth wasn’t the city itself, but the idea of it? A part of the world that has always been a fantasy, a distant jetty, the promise of a new beginning and at the same time, discovering a reality far from imagined depictions.

Rio still summons the same repetitive, if not stereotypical figures. On the one hand an idyllic sea front, neighbourhoods with famous names, a certain exuberance of bodies and customs. On the other the favelas, exuding other energies and Brazil’s primal vitality. Yet in a city that stretches over 30 miles and comprises 160 neighbourhoods, the favelas or tourist areas in the Zona Sul represent only a fraction of the urban fabric.

From the 70-year old administrative Centro, to the more recent housing developments in the western and northern parts, not forgetting the huge plant-covered wastelands and stretches of motorways linking them together, another perception is slowly imposing itself. The backdrop of this city appears unresolved; an empty, silent almost artificial urban community. Solitary, pensive and motionless figures, unfailingly captured in their everyday environments emerge in these successive spaces. There is unspoken correspondence between the locations and the individuals: the inhabitants of this city do not communicate with each other. In fact, where are we exactly? And when? And there is almost always a humid and milky light creating vagueness and obscuring benchmarks.

In this city, now as strange as it is familiar, hesitant, empty and silent characters interpret the search for a balance, located somewhere between a fading order and its resurgence.

//

Comme beaucoup j’avais l’impression de connaître Rio de Janeiro avant même d’y vivre. La force des images et des récits : la ville-plage, la lumière éblouissante, l’étourdissement des sens. D’ailleurs, quand je suis arrivé, je crois bien m’être dit : « c’est le paradis terrestre ». Comme ces voyageurs que moquaient Cendrars lorsqu’ils découvraient la baie de Guanabara, la porte d’entrée maritime de la ville.

Trois ans plus tard, ma fascination pour Rio n’a pas faibli, mais je la regarde désormais de l’intérieur. Ce n’est pas sa beauté qui m’interpelle. Plutôt le pouvoir d’illusion qui s’en dégage. Et si le mythe n’était pas la ville elle-même, mais son idée ? Un bout du monde fantasmé depuis toujours, un quai d’arrivée lointain, la promesse d’un renouveau et en même temps, la découverte d’une réalité éloignée des représentations imaginées.

Rio convie toujours les mêmes figures répétitives, pour ne pas dire stéréotypées. D’un côté un front de mer idyllique, des quartiers aux noms célèbres, une certaine exubérance des corps et des usages. De l’autre les favelas, d’où jailliraient d’autres énergies et la vitalité primale du Brésil. Mais dans une ville qui s’étire sur plus de 50 kilomètres et compte 160 quartiers, les favelas ou les secteurs touristiques de la Zona Sul ne constituent qu’un fragment du tissu urbain.

Du Centro administratif, vieux de 70 ans, aux ensembles résidentiels plus récents des Zones Ouest et Nord, en passant par d’immenses friches végétales et les tronçons d’autoroutes qui les relient, c’est une autre perception qui s’impose avec le temps. Le sentiment d’un décor de ville au statut indécis, d’un corps urbain vide et silencieux, presque factice. Dans ces espaces successifs surgissent des figures solitaires, pensives, prostrées, et toujours saisies dans leur environnement quotidien. Correspondance muette entre les lieux et les individus : les habitants de cette ville ne se parlent pas. D’ailleurs où est-on exactement ? Et quand ? Et presque toujours cette lumière humide et laiteuse qui brouille les certitudes et les repères.

Dans cette ville devenue aussi familière qu’étrangère, le flottement, le vide et le silence sont les figures qui traduisent la recherche d’un équilibre, situé quelque part entre l’évanouissement d’un ordre et sa résurgence.