J’utilise souvent le procédé de la solarisation qui situe l’image dans une zone intermédiaire entre le négatif photographique et le positif. Le paysage est éclairé par deux fois et est révélé de même. Ce double ensoleillement entraine aussi une dramatisation des paysages, un assombrissement de l’atmosphère. Ce procédé de double éclairage qui transforme la lumière et trouble les apparences recèle en son sein une sourde angoisse. Ainsi en 1946 les habitants des îles Marschall crurent voir deux soleils en même temps dans le ciel et virent qu’après il s’était mis à neiger. Les enfants jouèrent dans la poudre blanche, mais en fait c’était de la cendre radioactive issue d’un essai atomique américain.
Dans la nature je privilégie les rives et les rivages, souvent des îles: Groix, Ouessant, Sein. Se sont des lieux où nous nous arrêtons pour méditer, flâner, supputer l’autre rive. Etre en bordure d’une étendue, d’un inconnu. Etre borderline.