Ce regard sur des inconnus croisés, dont le témoignage sont ces images,
je le porte depuis très longtemps.
Je suis ému par ces corps fatigués, qui ont roulé leur bosse,
mais qui tiennent encore debout, souvent seuls, parfois accompagnés.
Ces pieds usés, ces mains tâchées, sont autant de portraits sans visages.
Je suis amusé aussi par ces collages incongrus qu’offrent la rue et sa production infinie
de signes graphiques, de couleurs, de motifs, autant d’histoires possibles entre elles
et ces corps qui taquinent le bitume, inlassablement.
Depuis 20 ans, j’ai ainsi constitué une collection personnelle de près de 7000 instants,
qui sont autant de séries possibles de mains tenant balais, cannes, sacs, cabats,
de pieds chaussés, nus, jeunes, fatigués, de postures, de peaux, de vies croisées
et de petits métiers bientôt disparus.
C’est enfin pour moi une géographie de l’émotion, étant capable de décrire très précisement
où et quand j’ai ressenti quelque chose pour chacun de ces individus.
Simon de Tovar