Les mers intérieures, Inners sees
Project info

Ces photographies ont été réalisées aux bords de mers intérieures, la mer Marmara, la mer Noire, la mer d'Azov et la mer Caspienne. Les images sont prises à l'heure où le jour s'efface pour faire place à la nuit. Entre chien et loup. La mer devient le décor de portraits en suspension. Des hommes regardent la mer, nous les voyons regarder sans voir ce qu'ils observent. Ce sont des photographies qui font état d'un processus de passage, où les corps quittent l'activité de la vie diurne, s'immobilisent. L'horizon est comme un miroir de l'intériorité de chacun. Le paysage enveloppe les hommes et les femmes de sa vibrance, leurs regards le teintent de leurs vies intérieures. Le temps humain et le temps physique s'y confrontent. « La mer demeurera, elle est ce qui perdure, ce qui nous survit. Sur le rivage, nous ressentons le défi incroyable que l'éternité lance à nos existences à travers le mouvement perpétuel de la mer. »* Les photographies seront prises dans différents pays, aux contextes historiques et politiques différents, mais le décor est la mer. Ou plus précisément, l'endroit où nous sommes face à la mer, cette immense étendue qui nous autorise à penser, à retrouver en nous la plus essentielle solitude. Ce qui nous permet aussi d'accéder à une liberté intime et inaltérable.
La mer est à la fois génératrice de vie et de liberté, force originelle, éternelle et maternelle, et elle est aussi miroir du désespoir, de la condition et de la finitude humaine. Le mer est aussi l’appel de l’ailleurs, la promesse d’horizons nouveaux, l’espoir de vies meilleures. Son immensité donne de la grandeur aux mouvements intérieurs des hommes. « Pourtant, les hommes ne pourront pas rester perpétuellement tournés vers la mer à comparer sa liberté avec la leur. Le moment arrivera où ils se retourneront vers la terre pour faire face à la réalité de leurs vies, »* à la réalité des civilisations qu'ils ont fondées. A travers ce projet photographique, je souhaite mettre en résonance les espaces symboliques des hommes et de la mer.
Ces mers intérieures sont situées entre l'Europe et l'Asie, entre l'orient et l'occident, où l'histoire des hommes est dense. Les paysages humains sont hors champ, mais leur présence sourde est tangible.
Ces photogrpahies ont pour destination de créer des passerelles entre l’image et le symbole, entre le symbole et la réalité, entre le champ et le hors champ, entre les nations et l’universel.
Mon travail photographique se situe entre documentaire et fiction autour de la figure humaine. Il procède d'une mise en scène du réel pour témoigner de l'existence et de sa complexité et pour mettre en lumière ce qui est de l'ordre de l'invisible, telles les émotions, l'histoire, le hors champ de chacun. La photographie donne à voir, montre, fixe. Je cherche à voir ce qui ne se voit pas, à montrer ce qui est caché, à fixer ce qui est volatile. Il y a dans mon approche photographique une dimension littéraire, les images remplaçant les mots, servant à dire plus qu'à raconter.