(never) Let me go
Project info

“Never let me go” est le lieu d’une errance non géographique, la quête d’un jeune homme en devenir. C’est une ballade, au sens romantique du terme, à fleur de peau et au plus profond des cratères de l’existence, la sienne et pour un temps la nôtre. Solal Israel crée ici un espace liminal où règne le vertige du soubresaut. On y est happé puis expulsé avant qu’une voix douce, insondable et presque irrésistible ne nous invite à replonger. L’eau y stagne pour mieux nous faire sombrer.

Le cheminement que nous propose Solal Israel est sinueux. Loin de nous prendre par la main, il nous invite à “nous lancer dans le vide” à ses côtés. Suspendus par un fil, il nous en faudrait peu pour nous noyer. Car c’est à la lumière d’une réelle réappropriation que les images au premier abord disparates et inconciliables se mêlent en une chorégraphie sans accroc. Du décès de sa grand-mère au regard pérenne d’une jeune fille à l’âge charnière, le voyage est atemporel et sans frontière. Sa nostalgie nous berce, nous ensorcèle voire nous heurte sans jamais réellement nous blesser. Et lorsque le jeune photographe “joue et se joue du pouvoir qu’ont les images à faire exister ou non les choses”, la violence est celle de la photographie même. Il y a du Barthes dans l’air. Une recherche sensible sur un médium photographique fragile habite l’ensemble du travail du jeune artiste bruxellois. En quête de l’image parfaite, Solal Israel nous invite avec “Never let me go” à une déambulation tant métaphysique qu’esthétique.

Texte de Julie-Marie Duro, rédactrice pour FranceFineArt.