Memoirs from Aleppo
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I discovered Aleppo through walking in the city and slowly entering into its old souk. I walked the streets in all directions, sometimes under the arcades it was dark, I had to quickly adapt to the light change. A young man was serving coffee to everyone. He went from shop to shop, never missing an opportunity to offer me a cup. The city was seething with life.
Today, I do not know if they are still alive.

A blurry picture makes identification easier. You could say "Oh it looks like it might be him" and this is where individual memory becomes a collective memory and each of us can witness now what one day, life was like in Aleppo.

I took these portraits, black and white with flash, of vendors in the old souk, deliberately blurry, almost erased from my film. Some took a pose, smiled at me, others just let me do what I wanted. I did not ask them their name, they were better known for what they were selling. Soap, eggs, cloths, pastries, bread, herbs ... At that time, those photos probably didn't have the impact that i was looking for, but today, it all became clear to me.

I documented the city, I photographed it as I saw it. I have a proof of identity, the identity of its people, its daily rhythm.
But when a city and a person die, it is their photo that is remembered and not their faces. As if through my photos I have stolen the identity of these men, I re-made it my own way, by eliminating details here and there, making almost a premonition of a grim and cruel future.

The photograph is a trace of memory, with it we can differentiate the past from the present, the death of life. It is a way to preserve our memories though, ephemeral anyway.
Any photo can be destroyed and instantly disappear with time.
It can do both: fulfill us and plunge us into nothingness.

Mémoires d'Alep:
C’est en marchant dans la ville et en pénétrant petit à petit dans son vieux souk que j’ai découvert Alep. J’ai arpenté ses rues dans tous les sens, parfois sous ses arcades il faisait noir, je devais rapidement m’adapter au changement de la lumière. Un jeune homme servait du café à tout le monde. Il faisait le tour de chaque boutique, il ne ratait pas une seule occasion pour m’offrir une tasse. C’était une ville qui bouillonnait de vie.
Aujourd’hui, je ne sais pas si ces personnes sont encore parmi nous.

Une photo floue laisse l’identification facile. On croit reconnaître la personne, à se dire “ Oh il ressemble à tel, c’est peut-être lui” et finalement c’est ce qui fait que la mémoire individuelle rejoint la mémoire collective et porte chacun d'entre nous comme témoin de ce qu’un jour la vie a été à Alep.

J’ai pris ces portraits, en noir et blanc et au flash, de vendeurs dans le vieux souk, délibérément flous, presque effacés de ma pellicule. Certains ont posé, m’ont souri, d’autres m'ont laissé faire tout simplement. Je ne leur ai pas demandé leur nom, ils étaient plutôt connus pour ce qu’ils vendaient. Le savon, les oeufs, les tissus, les pâtisseries, le pain, les herbes… Au moment même, cela probablement n'avait pas trop d'intérêt, mais aujourd'hui ces photos ont un sens totalement différent.
J’ai documenté la ville, je l’ai photographiée telle que je la voyais. J’ai une preuve de son identité, de l’identité de ses habitants, de son rythme quotidien.
Mais lorsqu’une ville et une personne meurent c’est de leur photo que l’on se souvient et non de leur visage. Comme si à travers mes photos j’ai volé l’identité de ces hommes, je l’ai re-fabriquée à ma guise, éliminant des détails par-ci par-là, faisant presque une prémonition d’un avenir lugubre et cruel.

La photographie est donc une trace de la mémoire, avec elle on peut différencier le passé du présent, la mort de la vie. C’est une façon de préserver nos souvenirs quoique, éphémère quand même.
Toute photo peut être détruite et disparaître dans le tas.
Elle peut à la fois nous combler et nous plonger dans le néant.

— Clara Abi Nader