A Ault, la falaise tombera
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Ault est une station balnéaire curieuse, qui captive l'imaginaire des artistes. Victor Hugo y est passé en coup de vent, trouvant "l'endroit" "beau" et "croulant", et "peinant à (s)'en arracher". Les Daft Punk, stars planétaires du XXIe siècle, lui ont rendu la pareille un soir de novembre dernier. Se livrant à l'objectif de Peter Lindberg sur la plage de galets au bas du casino de poche, avant de rejoindre incognito une fête au hareng organisée au bar-PMU.

Le site, de fait, a de quoi fasciner : il constitue une sorte de focale, un bout de Picardie, où se rejoignent le trait crayeux des falaises normandes et les langues de sable s'étendant jusqu'à Calais. Les vues y sont poignantes. Côté mer, la digue et le plateau rocheux se dénudant à marée basse. Côté terre, la falaise, les rues vides et le cordon de villas Belle époque surplombant la mer, comme figé dans le temps. "Une faille spatio-temporelle", s'émerveille un habitant récemment arrivé.

Ault fascine, mais Ault est menacé. Sur le papier, rien d'étonnant à cela. La mer monte, rogne les falaises, et les pouvoirs publics n'ont plus un sou vaillant pour organiser la résistance face aux éléments. L'Etat, rappelé à ses obligations par la tempête Xynthia, cherche donc à anticiper la grande retraite à venir, en faisant reculer les habitations. En jargon administratif, cela s'appelle la "stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte".