De l’autre côté de la rue, de l’autre côté de la devanture, de l’autre côté de la fenêtre, de l’autre côté du mur.
Toujours, à travers le viseur, mon oeil est attiré par cet autre monde qui est juste là, de l’autre côté.
Rien de plus banal, de plus simple, de plus modeste que ces façades s’offrant à nous. Enfin, elles ne s’offrent pas si facilement, il faut oser soulever le rideau, passer la porte, franchir le seuil.
Derrière les stigmates cicatrices lézardes de leurs murs, derrière les accrocs et les déchirures de leurs voilures, quelles vies passées, quels rêves éparpillés?
J’observe, attentif, formes couleurs textures architectures. Ces façades sont comme des visages, des visages souvent ridés, décatis, un peu trop grimés. La patine du temps les rend proches, presque familiers.
Comment alors ne pas se laisser aller à songer aux femmes et aux hommes qui ont imaginé, construit puis vécu dans ces lieux ? Etait-ce pour eux une vie rêvée? Le commerce ou la maison de leurs rêves, le paradis sur terre?
On peut voir dans les vitres aux verres dépolis, parfois brisés, les reflets d’autres façades et même parfois aussi la silhouette du photographe. Mise en abyme possible.
Bien que les stores soient tombés, les volets fermés, le jeu est sans limite.