« On a raté notre chance d’être au premier plan. C'est gênant, je me sens comme une actrice qui aurait du mal à enlever ses chaussettes dans un film de cul. »
Gloria, qui n'existe pas.
« Doggy bag » est le nom d'une ville située entre la fine frontière de la Belgique et de l'Australie.
Une sorte de village avec la gueule d'une ville dans laquelle il n y aurait plus de gosse, ni de vieux. Ou presque. Des jeunes, plus ou moins, une relève, qui tire vers le bas.
Une ville en dessous d'un ciel couvercle, baladée par l'errance immobile du héros raté.
« Doggy bag » est une ville nombriliste dans laquelle on n'a plus besoin de cordon et de deux boites de conserves pour appeler les potes, où on suppose que les films diffusés sur les écrans plats pourront un jour nous donner le courage. Au moins pour soulever les montagnes qui donneront du relief à l’avenir, où les vagues à l’âme ne font plus surfer que sur le net, là où l'épistolaire sur la tempe prend la place du tactile, des caresses dans la main, dans laquelle le cœur et à été remplacé par un poil. Là où on espère encore le grand amour, mais avec le cœur sur les reins.
Je suis venue la photographier, elle et ses résidents, à Pâques, comme chaque année, quand les cloches se mettent à sonner. Au moment où les larsens de la ville se taisent et où tous les habitants ferment enfin leurs gueules et matent, enfin, droit dans les yeux, la digestion d'une ville et d'une vie occupée à les digérer.
Je vais à la piscine, j'embrasse mes proches, je me ballade dans les rues, je baise un peu pour prendre des nouvelles et éviter les blancs. Je passe du temps, je les photographie quand ils m'oublient, je reste là, à les regarder, incapables d'essuyer la trace de la ville. Je regarde leurs mimiques me mentir, imbibés par la trace du monde moderne qui choisit pour nous, trop souvent, les bouts de nos personnages qu'il vaudrait mieux raconter à l'autre.
Puis, ils me voit et se rappellent que je suis là, ils me parlent mais j’entends pas, la tête dans mon viseur, j’entends pas. J'ai bien trop peur que la trace se casse. J’arrête de vivre et je photographie pour me rappeler, pour contempler plus longtemps le souvenir d'un instant même pas vécu. Un instant de vie offert au gros ventre de «Doggy bag ». J'essaye en vain, comme du leurre dans nos épinards modernes en manque de fer, d'obtenir le rêve de la veille.
De garder, de faire durer, de mettre au frais, de réchauffer la vaine illusion d'un doggy-bag-d'instants sans date de péremption.
Je me rends compte que j'y arriverais jamais. Alors je me casse, j'essaie de les oublier, de me convaincre que cette ville ne peut pas exister. Les mois passent, je les retrouve comme chaque année, je leur amène des œufs en chocolat et j'écoute les sons de cloches de leur réalité. Je les vois s'emmerder et leur demande pourquoi ils restent là. Je les regarde jeter la nourriture étiquetée qui n'est en réalité pas périmée, ils me demandent quand je leur pondrait un bébé.