Chaque image de cette série « Carrément 1 heure » est un carré fait de cent cinquante photographies couleurs de même taille. Après cadrage et réglages, l’appareil est automatiquement déclenché toutes les vingt-quatre secondes, durant une heure. Les vues sont généralement frontales avec une grande profondeur de champ. Ce sont des paysages urbains, avec ou sans présence humaine. Un montage des cent-cinquante photographies en une seule image est réalisé en post-traitement en respectant scrupuleusement l’ordre chronologique de prise de vue.
L’idée de départ était de créer une grande répétition pour souligner l’opposition entre ce qui changeait et ce qui ne variait pas. Cependant, lors du travail d’assemblage des photographies, et dès les premiers résultats, j’ai été surpris par l’image nouvelle qui était créée. Cette image était comme le motif d’un tissu ou d’une tapisserie, difficilement compréhensible (en vue globale), incompréhension en opposition avec la banalité des lieux et des événements photographiés (en vue rapprochée). Cela m’a amené à la recherche d’éléments géométriques de répétition ou de possibles continuités verticales et/ou horizontales qui brouillaient la lecture de l’image nouvellement produite et induisait dès lors, chez le spectateur une volonté de s’approcher, « pour comprendre », puis de s’éloigner à nouveau, pour tenter de saisir le lien entre les deux points de vue.
J’ai eu aussi conscience que cette répétition d’images très semblables réalisées suivant ce protocole précis créait une image absolument unique : le déclenchement un peu plus tôt ou un peu plus tard aurait produit une autre image globale. Par la forme carrée de l’image finale, j’ai aussi voulu souligner ce côté parfaitement unique (carré) et non reproductible d’une heure précise à un endroit donné.