Ce reportage a pour genèse, l’arrivée des migrants de la jungle de Calais dans le centre de rétention de Marseille aux mois d’octobre et novembre 2015. Particulièrement pour ce qui est de la rétention de garçons mineurs entre 13 et 17 ans.
Des liens sont noués avec une partie de la communauté afghane de Marseille pour suivre le parcours de ces migrants et leur prise en charge par les institutions administratives françaises.
Très vite, je constate que ce sont des associations ou des particuliers qui prennent en charge le « séjour » de ces migrants tant dans leurs démarches administratives auprès de la préfecture ou devant les autorités judiciaires que dans leur accueil quotidien.
La première vague de 2009, principalement d’afghans, a établi le premier recours à des squatts d’urgence dans des appartements de la ville de Marseille. La spécificité de la période actuelle est que ce sont principalement des mineurs qui arrivent en France soit pour rejoindre l’Angleterre soit pour être protégé en France par l’obtention d’un titre de séjour.
Le recours à cette forme d’hébergement par défaut est de fait le dernier recours pour des mineurs étrangers qui sont – paradoxalement au vu des traités internationales les de protection de l’enfance - les plus démunis face à l’accueil en hébergement d’urgence.
Le 115 est ainsi réservé aux adultes, les structures ne prenant pas de mineurs et le risque qu’ils se retrouvent à la rue est alors d’autant plus grand.
Le squatt vient ainsi d’une certaine manière combler ce vide, le temps que le parcours de mise à l’abri soit effectif (ce qui peut prendre entre 15 jours et 1 mois) par le recours au juge et aux administrateurs ad hoc. Parcours qui ne serait pas rendu possible si ces lieux ne permettaient pas le partage des informations sur l’asile.
Cette série photographique - qui est le premier pas vers ce que j’espère être un livre sur ce moment particulier de notre histoire récente - s’inscrit dans le mouvement plus large des reportages photographiques sur les routes migratoires de ces migrants/réfugiés et sur les risques de marginalisation qu’elles entrainent face à des atermoiements juridiques et administratifs sur la responsabilité de l’accueil.
Il faut que je précise que je souhaitais publier ce reportage dans des journaux locaux (La Provence, La Marseillaise, Mars Actu,...) mais sans n'y avoir jamais eu accès du fait qu'à l'époque cela n'entrait pas dans l'actualité de cette manière. Aujourd'hui de nombreux journaux français notamment reviennent sur la responsabilité de l'Etat envers ces mineurs.
Je vois donc la participation à ce concours, outre comme une reconnaissance de ce projet par une institution photographique comme LensCulture mais aussi de permettre la suite de ce projet au travers de portraits de ces jeunes dans leur vie actuelle, plus de 3 ans après.