C’est à l’âge de douze ans au Lac St-Jean, que j’ai commencé à photographier au 35mm les gens de ma famille et les paysages qui m’entouraient. Je me souviens du magazine Perspective qui paraissait le samedi dans le journal Le Soleil , les reportages sur les régions du Québec des photographes de l’Office Nationale du Film me fascinaient. Depuis ces années les livres de grands photographes me passionnent : Atget, Brassaï, Walker Evans, Robert Frank, , Édouard Boubat, Cartier-Bresson- et je suis toujours impressionné et inspiré par leur façon de capter sur pellicule des instants de la vie courante, des impressions fugitives de la réalité urbaine.
À mon arrivée à Québec en 1989, mes sens furent tout de suite conquis par la ville que je venais d’adopter. Humblement et à ma façon, je suis parti à la découverte des gens de Québec. Je commençai par faire une série de photos de nuit, et ensuite d’autres scènes de rue qui m’ont permis de faire quelques expositions.
En solitaire et à la manière d’un touriste, je flâne d’une rue à l’autre et je cadre avec mon Leica là où les regards se croisent et s’attirent. Des scènes de rue ou des portraits, sans préjugés ni artifices techniques, simplement pour la passion d’aller au-delà des apparences. À voir trop souvent certaines parcelles de la réalité, on se soucie peu de les observer : ambiance fraternelle d’un groupe, expression spontanée d’un enfant, regard furtif au coin d’une rue, comportement particulier à un touriste. Dans la plupart des cas, j’entre en contact avec les gens avant de les photographier, ce qui me permet d’avancer encore de plus près. J’entre alors dans leur cadre de vie et m’intègre à eux ; ils m’acceptent et ils collaborent en restant naturel dans leur espace.
La ville, c’est comme une écriture à déchiffrer avec ses propres codes et ses propres symboles. La photographie sociale et documentaire tente de vouloir montrer les traits d’une communauté et d’une culture. La famille, l’amitié et l’amour sont des thèmes intemporels... N’y a-t-il pas des affinités dans les regards et une similitude des sentiments, peu importe la ville où l’on se trouve ? De cette longue marche dans le rues de Québec, parsemée de rencontres fortuites, je rapporte quelques photos évoquant ces « Instants partagés ».