VERTIGINEUX NAÏRA
Lagos ancienne capitale du Nigéria, La ville où mon père est né. J’y vais pour la première fois en 2009 avec lui pendant 10 jours à la rencontre de ma famille. Malgré les liens filiaux qui m’unissent à ce territoire, il m’est alors inconnu. Ce premier voyage, trop court, trop contraint, me donne l’envie d’y retourner.
Dix ans plus tard. J’y retrouve mon oncle que j’accompagne à chaque déplacement. Je vois la ville à travers lui, sa présence me permet d’accéder à des lieux où l’étranger que je suis ne pourrait entrer.
Ma présence ici est avant tout motivée par une quête identitaire, mais qu’est-ce que je cherchais vraiment ? Dans la ville la plus peuplée d’Afrique, le sentiment d’insécurité peut pousser à la paranoïa, je me sens malgré tout attiré par cette grande scène qu’accueille la ville et par le bouillonnement de la rue.
Sur le longs des routes interminables et dans certains quartiers que j’explore, je vois autant de marchands, que de forteresses en construction ou inachevées. Ici, l’Homme est au service d’une économie « parallèle », il lutte pour survivre dans un pays qui est pourtant la première puissance économique d’Afrique mais dont les trois quart de la population vit avec environ un euro par jour ....
Face à certaines situations je suis quelque fois fasciné, à d’autres moments déconcerté.
Durant mon séjour, la photographie est mon unique liberté, photographier était devenu un acte obsessionnel, une impérieuse nécessité. Je ne veux rien perdre de ces moments, de ces visages, je capte ce à quoi mon œil est sensible de ce monde « étranger » qui pourrait être le mien. Parfois je m’y sens accepté, d’autre fois non, photographier me ramène à mon statut de « d’étranger ». Tout dans mon apparence me démasque et pourtant je connais ces visages, ces regards, et ces corps, j’ai le sentiment de les avoir déjà rencontrés.
Je voulais d’abord être là. Déambuler, chercher, témoigner en saisissant de manière intuitive des scènes fortuites. C’est au final une sorte de quête identitaire, un besoin de me trouver en découvrant les autres.
Adéola Bambé