« A v e z – v o u s r ê v é v e r s l ’ i n f i n i ? »
C’était le 10 mai 2020. Arnaud, un cher ami, m’envoyait un de ses poèmes, comme chaque soir. Le virus lui avait rendu visite depuis mars et lui avait tenu compagnie pendant tout le confinement. Mais lui avait aussi murmuré à l’oreille des nouveaux vers : la Muse avait désiré vivre une métamorphose, invisible à nos yeux.
Le dernier vers lu cette nuit-là a résonné en moi pendant longtemps, comme pour guider mes nouveaux pas lors du déconfinement qui commençait le lendemain…
Le colibri souffle gazouillis,
Gazouillis, gazouillis vers l’Infini,
Dieu sourit et rit :
Queue de dentelles et de beauté !
Si petit !
Le silence est parfait :
Pas une plume qui vole,
Pas un corps qui crie.
Le colibri s'envole,
Fuite vers le non-dit,
Le verbe s'est tu,
La majesté réjouie.
Avez-vous rêvé vers l’infini ?
Arnaud Hédin
Si j’y réfléchis, tout avait commencé un peu avant, en avril, quand j’avais retrouvé une phrase d’Édouard Boubat dans un livre qui recueille ses magnifiques portraits de Lella, pris dans les années 1940. La lire a été comme une révélation :
"En poésie il n'y a ni commencement ni fin. Et la photographie partage ce privilège. Simplement la saisie de l'instant.
Salut l'histoire ! Il n'y a plus d'histoire (je veux dire : pas de déroulement, pas de roman).
Seulement des éclairs, des éclats de lumière.
Une ouverture vers l'infini.
Ce signe ∞ (mystère) gravé sur l'objectif."
Édouard Boubat, 3 juillet 1986
Une ouverture vers l'infini.
Le besoin de rêver d’un espace et d’un temps infinis a guidé la naissance de ce projet, accompagné du désir de saisir – ou peut-être pas - ce mystère ∞ gravé sur l’objectif.
Veronica Mecchia