TRACES (Trilogie) - LA HAVANE - 2000-2004
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C’est en déambulant dans les rues parisiennes, en prenant le temps de regarder là où je marchais, que j’ai rencontré des galaxies, des rêves et des mémoires, et que je me suis aperçu que l’homme invisible avait peut-être été touché par un missile.

Dans ces espaces où la présence se sent dans l’absence, je découvrais le silence de la trace au milieu du brouhaha parisien, ou dans la brise de La Havane. Partout, des morceaux de miroir reflétaient la ville explosée, comme autant de pièces d’un puzzle graphique qui reconstituaient son image.

Ces signes, ces traces dans leur enchaînement emmenaient ma pensée dans un parcours. Elles créaient un chemin, en même temps qu’elles le marquaient pour un possible retour.

Mais dans l’image de la trace, j’arrivais toujours avec un temps de retard sur les protagonistes supposés. À chaque fois le regard ne pouvait que constater l’absence, pendant que mes pensées, graphiques, roulaient dans cette constance de l’invisible. Chaque image était un passage secret pour souvenirs en fragmentation d’homme furtif.

Je travaillais alternativement à Paris et à La Havane. Ici les traces étaient d’asphalte et sentaient l’échappement. Là-bas c’était le vent du large et le retour au sable. Ici la modernité en marche et là-bas le temps arrêté. Et c’est comme cela que j’ai commencé à vouloir aller à la rencontre des traces, rendre visible la constante de toutes les peurs de la société industrielle : l’invisible.

Quand Tchernobyl est devenu le village le plus connu de la Terre, j’étais en Equateur, très loin de l’atome invisible qui faisait évacuer des populations entières. Imaginez un seul instant… Photo. Quelqu’un sonne à votre porte : il faut partir tout de suite, sans rien emporter, laisser toute la matière, toute sa vie, à la trace. Il faut mourir en restant vivant. Etrange paradoxe. Au téléphone des amis praguois me racontaient qu’il était interdit de se rouler dans l’herbe et de manger de la salade…

Puis, après la panique et l’adrénaline, avec le temps, la poussière atomique servira de moule à des traces interdites d’accès par la mort.

Et quelques années plus tard, quand la misère fera profaner ces lieux où la vie avait été suspendue, enlevée, les pillards de passage y laisseront des traces de peur dans les traces de la mort.

Ce sont à toutes ces traces que je voudrais rendre images.

Alain-Gilles Bastide - 2006
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"(...) traces, signes, symboles, empreintes, rarement la visée instantanée du réel n'aura été autat archéologie du passé et mémoire du présent et l'art du photographe celui d'une quête" (...)

Jean-Louis Libois (Journaliste / Cinéaste) - 2004
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(...) Si on me demandait pourquoi Bastide n'est pas peintre, cela ajouterai plus d'eau au moulin de la rivalité entre peinture et photographie. Mais tout l'art n'est-il pas photographie ? Les images produites par Bastide sont une création plastique, mais aussi littéraire, architecturale, elles sont des compositions allant au-delà de la technique épurée et minutieuse du pinceau, le plein d'une feuille blanche, la composition d'un paysage naturel ou urbain, elles sont une réflexion mélancolique du temps, l'implacable, celui qui est passé, celui dont nous savons déjà qu'il glisse comme la pluie, dans le passé. (...)

Roberto Perez Léon (Écrivain / Dramaturge) - 2005
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