La première chose qui m’a frappé à Berlin, ce sont les gens avec des tatouages faciaux. En France, c’est très rare. A Berlin, ça l’est beaucoup moins.
Fasciné par les gens qui s’affirment au plus haut point en dépit des conventions, je me suis intéressé à cet univers et à ses protagonistes en produisant une série de portraits.
Je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas qu’une réponse à la question « pourquoi s’être fait tatouer le visage ? ». En fait, il y a plutôt une réponse par personne.
Dans certaines sociétés les tatouages faciaux sont un moyen d’appartenir à un groupe (je pense aux gangs au Salvador notamment), à Berlin c’est tout l’inverse et il est impossible de généraliser. C’est une manière de se démarquer des autres, de la société, mais c’est surtout une manière de s’affirmer soi-même. De dire au monde : me voici tel que j’ai vraiment envie d’être, que cela vous plaise ou non. C’est peut-être l’affirmation de soi la plus intense possible.
Quand l’on croise quelqu’un avec un tatouage facial, nous n’avons pas d’autre choix que de le regarder et de se prendre ce choc visuel de plein fouet. De premier abord, c’est assez agressif.
Mon choix de lumière reflète délibérément ce sentiment. J’avais envie de provoquer un choc visuel pour le spectateur, mais qui finirait par s’adoucir. J’ai le sentiment qu’en regardant chaque portrait avec suffisamment d’attention, on finit par oublier le choc premier du tatouage et la personnalité de chacun se dévoile peu à peu.