From Kabul, Baghad, Alep, Mossoul to Brussels, to Europe, portrait, stories and testimonies of the the refugees.
What are the identities, what are the names behind the figures whitout faces ?
During month and month, I meet some of these destinies...
Meetings always in progress ... Unfortunately
"Bien sûr, on peut détourner le regard. Perdre son objet. Le laisser s'écarter, flotter, disparaîre - un simple mouvement des yeux suffit. (...) soupirer à l'évocation répétitive d'un nom malheureux. On peut même décider que ce qui a lieu est incompréhensible et inhumain. Alors on détourne le regard. C'est une liberté universelle. Se dire qu'une autre image chassera celle-ci; que les mots peuvent être remplacés, ou effacés. Eh bien c'est fait: je ne vois plus" (Rithy Pann, l'Elimination)... et pourtant, chaque jour de nouveaux drames, chaque jour des nouveaux visages d'une réalité à la fois complexe et humaine: celle des migrants. Il y a eu la photo d'un petit garçon comme endormi sur une plage, il y a eu des chiffres, des images chocs, la réalité des files de personnes qui attendent d'être inscrits comme réfugiés, la vision surréaliste de camps au sein même des villes... Mon projet est parti au départ d'une simple proposition de faire un studio photo improvisé. Au fil des prises, les langues se déliaient, les histoires se racontaient, ... Le but étant aussi de démontrer les conditions d'accueil, j'ai passé quelques soirées avec eux voulant ramener des photos de cette misère mais aucun des des réfugiés ne voulaient être réduits à un mendiant, à un corps assisté. Ils se redressaient, réajustaient leurs vêtements, ils voulaient être debout et dignes. Je me souviens ainsi de 3 jeunes posant comme de véritables gravures de mode et surtout pas au milieu du campement: ils venaient de Mossoul et l'un deux me racontait qu'il avait terminé son périple à la nage, son bateau ayant coulé. Deux phrases que je retiendrais au cours de ces rencontres: "Je m'appelle A., vous n'oublierez pas de dire qui je suis" mais dans cette décharge à ciel ouvert qu'est Dunkerque, "Merci pour votre travail, mais ne montrez pas nos visages, nous sommes tellement malheureux, c'est tellement triste ici".
Ils m'ont offert leur visage.