Il est des lieux qui transpirent l’absence, la présence, la violence, la révolte, la paix, la sérénité, le besoin de justice, le devoir de mémoire et l’envie de l’oubli. Tel est le village où j’ai fait les prises de vue de ce travail photographique et où je veux mettre en évidence la trace de ce qui n’y est plus, mais y fut.
Mon propos est de montrer des traces de personnes qui ont habité quelque part.
Les objets pris en photos sont le signifiant proposé, et les traitements en post production et approches personnelles qui ont transcendé l’image pour en donner un ou des signifiés différents aux lecteurs, ainsi que, j’espère, une émotion qui interpelle.
Mon désir est de proposer aux lecteurs ma vision et mon ressenti de ce village, et de ce qu’il exprime au-delà du contexte induit par la définition communément reconnue : un village victime de la barbarie des nazis, le massacre d’une population innocente. La trace est le témoignage d’un moment qui n’existe plus et qui va disparaître, un témoignage d’avoir existé. Les ruines se dégradent et la trace s’efface peu à peu, comme le deuil qui devrait enfin se faire, comme le souvenir qui devrait enfin s’estomper; ainsi les photos deviendront elles-mêmes traces.
L’intention est de proposer une vision frontale qui n’impose pas de signification définie et qui laisse tous les champs d’interprétation et de questionnement ouverts aux lecteurs, un potentiel d’émotions selon la sensibilité de chacun.
J’utilise différents codes iconiques au service de mon intention : la prise de vue frontale, différents plans parallèles, les couleurs assourdies passées, une lumière relativement plate, une approche en plans cadrés de plus en plus près, le cadre dans le cadre. On regarde au travers des fenêtres béantes des maisons vides, aux façades ajourées et délabrées. Par les fenêtres on entrevoit l’intérieur puis l’intimité , derrière les murs on trouve les objets rouillés , dans cours on remarque des voitures abandonnées, comme un décor où manque la présence humaine, rien que la pierre, la rouille et l’herbe qui envahit.