Le portrait s’est imposé très tôt comme une évidence inconsciente.
Entre la personne et moi, c’est une double capture : mon désir intrusif de posséder l’autre et son attente inavouée d’etre saisi. De là nait l’instant, la possibilité d’un regard, le croisement de deux innocences corrompues dont le visage est la trahison.
Lorsque je photographie quelqu’un, j’aime qu’il (ou elle) s’abandonne, oublie ma présence et celle de l’appareil. Mais cela dure peu, la spontanéité nous est donnée en quantité limitée.
Aucun paramètre ne devrait justifier la négligence, pas même l’urgence. Tous les détails comptent : le cadrage, la géométrie dans la composition, l’architecture du visage, le grain de peau, l’humeur du moment, et bien sur la lumière. Si de bonnes conditions ne peuvent être remplies, je ne photographie pas.
Je préfère la lumière naturelle. J’ évite le soleil et les éclairages artificiels qui créent des ombres et des brillances inutiles. Lorsque la source de lumière est invisible, elle offre au spectateur une liberté supplémentaire dans le prisme de son regard. Le noir et blanc, c’est ma couleur. Sa sobriété heureuse traduit mon goût de l’authenticité.
Au sujet du Balzac de Rodin, un journaliste s’étonna que « jamais on n’ait eu l’idée d’extraire ainsi la cervelle d’un homme et la lui appliquer sur le visage.» Telle est ma sincère trahison.