Bonjour Madame.
Ne dites pas « elle » en parlant d’elle ; elle, qui nous voit trébucher dans le chaos de galets de la Passe aux Bœufs lorsqu’on vient à pieds lui rendre visite à marée basse et qui entend ronfler les voitures bringuebalées des chercheurs d’aventures ; dites île à Madame, dites île Madame.
Petite île située entre Halifax au Canada et le bord de la Charente Maritime, au bout du Port Des Barques.
Ne dites pas « ailes » en parlant d’eux, même si certains d’entre eux en ont. Ils sont comme les autruches, les monstres de Madame : trop lourds pour voler.
Elle abrite, tout comme la forêt de votre région , celle où vous aimez vous rendre, des animaux étranges nés de boules d’un mélange naturel malaxées par un géant atmosphérique. Faits de boue, de branches, de feuilles, de mousse, de pierres, de racines, de lianes, de pluie et de vent, ils sont là, pourtant invisibles à ceux qui ne souhaitent pas les rencontrer. Il est possible que le muguet du 1er mai soit le met favori et vitale d’un ornithocrista ou d’un serpadicine et qu’un panier de mûres régale une famille de troncs-trompes . Ils vous laisseront vous servir car ils sont las d’être aussi seuls. Parfois même ils osent offrir leur intimité à la vue du hasard.
Pour rentrer en contact avec eux, du moins par le regard, il faut se baisser ou, au contraire, se grandir sur la pointe des pieds, se cacher derrière un arbre et regarder la branche tordue que l’on voit derrière puis la souche et le buisson d’à côté. Ensuite il faut rendre net le premier plan et les plans suivants et peut-être vous verrez la bête qui vous attendait avec une branche tordue/cou, un buisson/tête et une souche/corps.
Ils sont des anamorphoses sculptées qui ne délivrent leurs formes que si on les regarde d’un point précis ; sauf que, dans le cas de ces monstres on ne connait pas le point d’observation pour chacun d’entre eux.
Si vous ne voyez rien … alors essayez plus loin … mais sachez qu’eux sont là !
Bonne visite, bonnes rencontres et bonjour chez vous.
Pascal Pinault