La ville fantôme de Kolmanskop, en Namibie a été bâtie au début du siècle dernier au milieu du désert. Ephémère et délirante cité minière, lourde de l’histoire tragique et violente de la colonisation allemande et du génocide des Héréros, elle sera abandonnée dès l’épuisement du site diamantifère.
Les dunes envahissent aujourd’hui les ruines, et la cité est en train de disparaître dans le désert. A travers portes et fenêtres, murs éventrés, toitures effondrées, les dunes reprennent leur place. Kolmanskop devient un sablier immense, métaphore de la vanité humaine et de la toute puissance du temps.
La dune est sans mémoire, sans volonté propre, sans projet. Elle est… Porté par le vent du désert, le sable efface les traces de ce qui a été. Porté par le vent du désert, sous la pression de la dune, le sable est le présent et contient un passé oublié, un avenir inconnu. Il est éternité. Porté par le vent du désert, il n’est pas le temps mesuré, il est le double passage du maintenant dans le passé et de l’avenir dans le maintenant. A la fois mouvante et immobile, la dune est le miroir du temps subjectif de la photographe qui erre dans la ville morte et laisse ses empreintes dans les sables du temps.
Mes photographies de Kolmanskop n’en montrent que l’intérieur, dans l’intimité des chambres, séjours, salons, salles de bains, couloirs… Ce sont des pièces désolées, animées parfois par les volutes de sable créées par le vent, fantômes impalpables de son passé. Des portes ensablées